Infarctus, inflammations cardiaques… Risque-t-on des complications cardio-vasculaires des mois après avoir attrapé le Covid ? Certains médecins s’en inquiètent, même s’il est encore tôt pour être sûr d’un lien de cause à effet.

« Une surveillance cardio-vasculaire clinique s’impose chez tous les sujets ayant une infection Covid-19, même bénigne », affirmait début mars l’Académie de médecine, l’instance censée porter le consensus de la discipline en France. Le Covid et les maladies cardio-vasculaires entretiennent des « liaisons dangereuses », estime-t-elle, se basant sur plusieurs études récentes.

On savait déjà que les malades cardio-vasculaires présentent des risques plus élevés de développer une forme plus grave de Covid. C’est notamment parce que le virus, le SARS-Cov-2, se fixe sur un « récepteur » – l’enzyme ACE2 – particulièrement présent dans les cellules des vaisseaux sanguins.

Mais qu’en est-il des effets cardio-vasculaires chez l’ensemble de la population ? Et, s’ils sont avérés, peuvent-ils intervenir longtemps après l’infection ? La question rejoint les incertitudes plus larges autour du Covid long, un ensemble durable de symptômes encore mal compris et mal définis. « Jusqu’à présent, les séquelles cardio-vasculaires (durables) étaient rapportées uniquement chez des patients hospitalisés, dans de petites séries et avec une durée de suivi brève », note l’Académie.

Mais une vaste étude, menée aux États-Unis et publiée en février dans la revue Nature, change selon elle la donne. Ses résultats « font présager d’une augmentation significative des maladies cardio-vasculaires dans le monde » à la suite de la pandémie de Covid. Menée auprès de plus de 150 000 vétérans de l’armée américaine, tous atteints du Covid, cette étude mesure la fréquence de troubles cardio-vasculaires dans l’année suivant l’infection. Elle la compare à des groupes de vétérans qui n’ont pas été contaminés. Résultat : « Au-delà des 30 jours qui suivent l’infection, les individus atteints de Covid-19 ont un risque plus élevé de troubles cardio-vasculaires », conclut l’étude, citant des infarctus, des inflammations cardiaques ou des AVC. Ce risque « existe même chez les individus qui n’ont pas été hospitalisés » à cause du Covid, note-t-elle, même s’il reste nettement moins important chez ces patients-là.

L’inflammation facteur de risque

Ce travail a été salué par de multiples chercheurs, notamment parce qu’il a été réalisé auprès d’un très grand nombre de patients et pendant une longue période. Toutefois, des experts se montrent plus sceptiques.

Il est « très difficile de tirer des conclusions pertinentes » de cette étude, estime le statisticien britannique James Doidge, y trouvant trop de biais méthodologiques.

L’un d’eux est évident : les vétérans américains, aussi nombreux soient-ils, sont une population très homogène, car largement composée d’hommes plutôt âgés. Elle n’est donc pas forcément représentative, même si les auteurs de l’étude ont cherché à corriger ces biais statistiques. Cette correction reste insuffisante pour M. Doidge qui pointe un autre problème : l’étude ne distingue pas bien à quel point les troubles interviennent longtemps après l’infection. Or, selon qu’ils frappent le patient à peine plus d’un mois après celle-ci ou près d’un an plus tard, le contexte sera différent. Selon James Doidge, l’étude ne permet pas assez de différencier « les complications à long terme de celles associées à la phase aiguë de la maladie ».

Pour autant, ce travail « a le mérite d’exister », tempère le cardiologue français Florian Zores. Lui aussi note plusieurs imperfections, mais il estime que l’étude permet d’appuyer des hypothèses déjà jugées probables par nombre de cardiologues au regard du profil du SARS-CoV-2 qui, comme d’autres virus, peut provoquer une inflammation durable.

Or, « on sait depuis longtemps que l’inflammation est un facteur de risque cardio-vasculaire, note M. Zores. En fait, on retrouve exactement la même chose avec la grippe ». Il rappelle ainsi que dans les années 1920, les pathologies cardio-vasculaires ont bondi dans le sillage de la pandémie de grippe espagnole.

Y a-t-il une spécificité qui rendrait le coronavirus encore plus dangereux sur ce plan ? Les études actuelles ne permettent pas de le dire, et Florian Zores dit douter « qu’il y ait une grande différence » avec la grippe.

Mais la question ne change pas forcément grand-chose en matière de santé publique. À partir du moment où ce risque existe, le cardiologue estime de toute façon dangereux de laisser librement circuler le coronavirus, étant donné sa forte contagiosité.

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