Loin des titres journalistiques alarmistes un peu racoleurs et les exagérations provenant parfois des scientifiques eux-mêmes stipulant que nos écosystèmes vont se transformer en désert au bout de quelques années, le changement climatique est devenu une réalité qu’on ne peut plus nier et ses conséquences sont déjà palpables surtout dans la région du Bassin Méditerranéen. Il ne faut pas oublier que les écosystèmes méditerranéens sont classés comme des régions «  Hot Spot » de la biodiversité puisqu’ils contiennent un grand nombre d’espèces endémiques et d’espèces rares.

Non le bassin méditerranéen dont le Liban ne va pas se transformer en « Désert » si vite… mais le dernier rapport de l’IPCC (International Panel on Climat Change) datant de 2013 a surligné d’une façon claire que le bassin méditerranéen est parmi les régions les plus vulnérables du monde au changement climatique. Vulnérable ne veut pas dire qu’on va vers la désertification demain, mais cette région fragilisée va devenir susceptible à des grands déséquilibres qui peuvent perturber tout son fonctionnement.

En fait, les différents modèles climatiques issus de l’IPCC et qui prennent en compte plusieurs scenarios futurs d’émission des gaz à effet de serre pour la région, donnent des prédictions convergentes concernant les paramètres climatiques (température, pluies). Tous ces modèles sont d’accord que la température moyenne de la surface va augmenter de 2,2 à 5.1 °C pour la période 2080-2100. Pour la même période, ces modèles prédisent des changements prononcés des régimes des pluies en Méditerranée et estiment que les précipitations (pluie et neige) vont diminuer de – 4% à -27% selon les endroits….

Ces prédictions de réchauffement et de diminution de la quantité des précipitations vont avoir bien évidement des impacts négatifs sur les écosystèmes méditerranéens. Pourtant, les études sur les impacts du changement climatique sur la biodiversité méditerranéenne manquent cruellement, surtout au Liban. Pourtant le Liban a une richesse formidable en espèces endémiques et qui sont les plus vulnérables au changement climatique en plus de leur vulnérabilité à la fragmentation des habitats et à la pollution chimique. Prenons par exemple le cas de notre emblème national le Cèdre (Cedrus libani). C’est vraie que la déforestation a été la plus grande menace depuis des siècles, mais le réchauffement climatique a causé récemment, en plus de la diminution de la quantité de neige,  l’explosion de la population d’un insecte ravageur (Cephalcia tannourinensis) qui dévore les feuilles et cause la mortalité des arbres. Les cèdres du Liban sont maintenant classés parmi les espèces menacées d’extinction sur la liste rouge établie par l’IUCN : http://www.iucnredlist.org/details/42305/0

Néanmoins, les études disponibles sur le Bassin méditerranéen en général montrent que tout va bouger… Selon une étude de Guiot et Cramer publiée dans Science en 2016, les écosystèmes vont subir un changement profond qui n’a pas eu d’analogue depuis 10000 ans… Les forêts de basse altitude ne vont plus supporter la sècheresse et elles vont subir un déplacement vers des altitudes plus élevées où il pleut un peu plus (ce qu’on appelle un shift altitudinal dans le jargon scientifique). C’est pareil pour les arbustes qui ne vont plus supporter des aires géographiques ensoleillées et sèches et vont se déplacer vers la lisière des forets caducifoliés  pour chercher un sol un peu plus humide. Les régions de plaines vont subir une sécheresse progressive et par suite une désertification graduelle qui va causer l’extinction de beaucoup d’espèces végétales qui n’auront pas le temps de s’adapter aux changements climatiques accélérés. L’analyse de Guiot et Cramer combine un modèle climatique prédisant un réchauffement de seulement 2ºC à un modèle de végétation prédisant comment les plantes vont répondre à la température, aux précipitations et à la concentration atmosphérique en CO2. En plus de ces prédictions, d’autres études montrent que le réchauffement va augmenter les risques de feu ce qui va avoir des conséquences néfastes sur la biodiversité (Mitsopoulos et al, 2016)

Mais ce n’est pas seulement les forêts qui vont subir des modifications profondes de leur habitat et de leur équilibre à cause du changement climatique. La productivité des plantes cultivées comme le blé va diminuer et va être affectée par le stress thermique (Moriondo et al, 2016), les écosystèmes humides (comme par exemple Ammique au Liban) vont subir un dessèchement progressif menaçant ainsi des espèces particulières qui ne peuvent pas vivre ailleurs et les espèces migrateurs qui font des escales dans ces écosystèmes pendant leur migration (Doulgeris et al, 2016).

Concernant les écosystèmes marins, les effets du changement climatique sont encore plus néfastes. Une étude de Jimenez et al (2016) s’est focalisée sur la mortalité d’une espèce de corail (Cladocora caespitosa) pendant une période de chaleur inhabituelle en Janvier 2012 et a montré que si la fréquence de ces périodes augmente dans le futur, la mortalité des coraux et d’autres organismes marins va s’amplifier.

Une autre étude de Monioudi et al (2016) a analysé la vulnérabilité de 71 écosystèmes côtiers de l’Est méditerranéen et a mis en évidence les risques accrus d’érosion due à l’élévation prévue du niveau de la mer.

Même si tous ces modèles, qu’ils soient climatiques ou des modèles de végétation, présentent des incertitudes et ne prennent pas en compte les activités humaines comme l’urbanisation, la déforestation et la dégradation du sol, nous devons être alarmés et conscients que le réchauffement climatique est une réelle catastrophe puisque les menaces sur la biodiversité détruisent en premier lieu nos ressources nécessaires à notre survie.

Rien qu’au Liban, sans compter les autres pays de la région, dix espèces (plantes, oiseaux, reptiles, mammifères) sont classées “Menacées d’extinction”, en partie par le changement climatique, et en partie par la sur-chasse ou la fragmentation de l’habitat.  Nous sommes responsables devant une espèce animale ou végétale qui s’éteint puisque c’est un patrimoine qui, en disparaissant, une partie de gènes que nous partageons avec une espèce disparait aussi, donc une partie de nous et une partie de la vie disparaissent.

 

Références :

  1. Guiot, J.& Cramer, W. Science 354, 465–468 (2016).
  2. Mitsopoulos I, Mallinis G, Karali A, Giannakopoulos C, Arianoutsou M (2016) Mapping fire behaviour under changing climate in a Mediterranean landscape in Greece. doi:1007/s10113-015-0884-0
  3. Moriondo M, Argenti G, Ferrise R, Dibari C, Trombi G, Bindi M (2016) Heat stress and crop yields in the Mediterranean basin: impact on expected insurance payouts. doi:1007/s10113-015-0837-7
  4. Doulgeris C, Papadimos D, Kapsomenakis J (2016) Impacts of climate change on the hydrology of two Natura 2000 sites in Northern Greece. doi:1007/s10113-015-0857-3
  5. Monioudi IN, Karditsa A, Chatzipavlis A, Alexandrakis G, Andreadis OP, Velegrakis AF, Poulos SE, Ghionis G, Petrakis S, Sifnioti D, Hasiotis T, Lipakis M, Kampanis N, Karambas T, Marinos E (2016) Assessment of Vulnerability of the Eastern Cretan Beaches (Greece) to sea level rise. doi:1007/s10113-014-0730-9
  6. Jimenez C, Hadjioanou L, Petrou A, Nikolaidis A, Evriviadou M, Lange MA (2016) Mortality of the scleractinian coralCladocora caespitosa during a warming event in the Levantine Sea (Cyprus). doi:1007/s10113-014-0729-2

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